Fomboni, la " capitale " de Mohéli s'étale sur plus de deux kilomètres le long de "la" route. Deux kilomètres alors que l'ensemble de l'île ne compte guère plus de trente mille habitants : c'est dire si l'on respire dans cette " capitale ". Le béton n'a pas encore trop envahi ce gros village composé essentiellement de bangas en terre ou en feuilles de coco tressées. Les toits sont recouverts de raphia, comme dans toutes les Comores et à Madagascar. Visite guidée.

Le Marché
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Un groupe de bouénis est installé
sous l?immense manguier. Elles sont assises devant leur étal : quelques
mains de bananes, quelques piments, quelques morceaux de coco séchés...
Au final, l'équivalent de quelques francs pour toute une journée
de présence. J?ai bien dit de présence : elles ne donnent
vraiment pas l?impression de " travailler " comme nous l?entendons.
On discute, on rit, on s?engueule... jamais bien longtemps, mais intensément.
Chaque discussion devient vite interminable : on ne règle pas les
problèmes en trois mots, il faut que chacun ait le temps de faire valoir
ses arguments.
Ballet des taxis brousse,
chargeant et déchargeant régimes de bananes et passagers. Aucune
paroi pour arrêter et renvoyer les bruits qui s?évaporent, respectant
le calme de l?endroit.
Quand on veut quitter Fomboni pour la brousse, c?est un endroit stratégique :
tous les taxis passent par ici. La patience fait aussi partie de la stratégie.
Patience pour trouver un véhicule, mais patience également pour
discuter les prix : ils peuvent être multipliés par dix pour
la même course!
A défaut d'un autre mot, on utilisera "port", mais en fait, il n'existe aucune infrastructure à Fomboni : ni digue pour arrêter les vagues, ni même un phare. Si l'on excepte un quai qui s'avance en pleine mer et qui devient inutilisable dès que la mer s'agite un peu. D'ailleurs, les boutres qui accostent à Mohéli ont fini par renoncer à l'utiliser : ils préfèrent mouiller à proximité de la plage pour effectuer leurs chargements, comme avant...
Pour la petite histoire, ce quai avait été
prévu à Bandar Salama, un village jouxtant Fomboni. Mais le "terrain",
comme on l'appelle ici, s'y trouve déjà et les autorités
ont refusé que ce petit village disposent de tant d'avantages. Le "terrain",
c'est le terrain d'aterrissage : on se refuse à parler d'aéroport...
Et c'est ainsi qu'une des rares infrastructure de Mohéli est quasiment
inutilisable. Ce quai a été construit par la Colas, entreprise
française de BTP. Elle a construit plusieurs de ces quais à Mayotte,
et donc possède la technique, sauf qu'à Mayotte, le lagon protège
des vagues du large...
Fomboni s'est "développée" le long de l'unique route qui longe la côte. A l'est, le port et à l'ouest "LA" station service de l'île et un hôtel, le "Relais". Entre les deux, trois bons kilomètres au cours desquels on croise les services proposés dans l'île : quelques administrations, deux banques, le bureau de poste, le "Centre Hospitalier Régional de Fomboni", le Centre de Ressources et ... les O.N.G.
Dès
que l'on s'écarte de cette colonne vertébrale, on retrouve un
village identique aux autres : cases de raphia, bangas en terre... très
peu de béton. Le tout parsemé çà et là de
quelques échoppes proposant toutes les mêmes produits de base.
Ce qui frappe le plus, surtout quand on arrive de Mayotte, c'est le côté "coquet" des cases. Ici, un petit carré entouré d'une minuscule barrière de bambou abrite quelques fleurs... là, une haie de lauriers roses protége l'habitation en lui apportant ombre et fraîcheur... Les ruelles sont propres, pas de canettes de Coca-cola ou de bière, pas un sac plastique... Il faut dire qu'on ne trouve ni canettes de Coca-cola, ni bière, ni sacs plastiques dans les boutiques... C'est en parcourant des endroits comme Mohéli qu'on s'interroge sur les "bienfaits de la civilisation"... vaste débat! Mais surtout, surtout, on se dit qu'il faut absolument ne pas laisser se reproduire les erreurs grossières commises sur l'île voisine où il n'est plus question de mettre le pied dans une rivière, où les ruelles ressemblent plus à un dépôt d'ordures qu'à tout autre chose! On s'interroge toutjours sur ce que peuvent penser les touristes, qu'on tente d'attirer à Mayotte à grand frais, quand ils parcourent les rues de Mamoudzou et qu'ils découvrent l'ampleur de la pollution domestique.
Des indices
sont là pour nous inquiéter sur le devenir de Fomboni : les détritus
arrivent sur la plage et là non plus, aucune structure pour gérer
les déchets qui ne manqueront pas d'affluer. Nul doute que l'arrivée
de visiteurs (de plus en plus nombreux), le retour de Mohéliens partis
en France ou même à Moroni vont amener de nouvelles habitudes de
consommation, une nouvelle manière de vivre. Pour l'instant, Mohéli
vit encore au dix-neuvième siècle, mais ce n'est plus qu'une question
de quelques années. Si les villages de brousse et les quelques animateurs
qui "gèrent les affaires" sont sensibles à l'environnement,
il n'est pas certain qu'il en soit de même à Fomboni qui souffre
déjà du syndrome de la capitale.
Dès
que la nuit tombe sur Mohéli, la vie semble s'arrêter. L'absence
d'éclairage public fait rentrer les gens chez eux, autour d'une lampe,
à pétrole le plus souvent. L'électricité, c'est
pour les riches. Les jeux des enfants cessent, le silence tombe, le calme s'installe,
encore plus présent que dans la journée.
Une vie paisible, mais pleine d'envies de rejoindre le "grand concert des nations"...
Anecdote Samedi soir à Fomboni...
Les occupations ne sont pas légion. Alors, on se "fait un
resto", comme il n'y en a qu'un à Fomboni, le choix est
vite fait, on va chez "Akmal". Sur le chemin du retour, un
attroupement devant un banga. Sur la façade, un caisson protégé
par une vitre annonce le programme : un film indien. Pourquoi pas? |